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La fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad

La fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad

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Par le Rav Moché Marinovsky

Article paru dans le magazine Kfar ‘Habad n° 1360 du 21 Chevat 5770 - 5/2/2010

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix... et voilà, la Matsa est prête ! »

Cela fait des années qu’à la fabrique de mastot de Kfar ‘Habad, on illustre de cette manière la rapidité avec laquelle un fin disque de pâte se transforme en Matsa croustillante.

Des générations de petits visiteurs se sont succédées à la fabrique de Matsot, et des générations de moniteurs et de professeurs ont compté jusqu’à dix. Cela marche toujours. Quand le moniteur annonce « Dix ! » et que la Matsa est prête, les yeux des enfants s’écarquillent. Des années plus tard, lorsqu’ils sont eux-mêmes devenus des parents – ou des grands-parents, il suffit que vous prononciez ce mot magique à leur oreille : « Kfar ‘Habad » et ils vous répondent derechef, « Bien sûr ! Quand nous étions petits nous avons visité Kfar ‘Habad et nous avons vu comment on fabrique les Matsot de Pessa’h. »

Cette activité, qui a depuis longtemps pris le nom officiel de « Mivtsa Matsa laTalmid » (« Opération Matsa pour les Elèves ») et qui se développe et s’amplifie chaque année grâce à la Jeunesse Loubavitch, fut lancée par un homme connu pour ses nombreuses initiatives en matière d’éducation juive et de diffusion du Judaïsme, le ‘hassid Reb Its’hak Gansbourg. Il reçut les plus vigoureux encouragements du Rabbi.

Il n’est pas surprenant que l’histoire de ce « mivtsa » soit parallèle à celle de la fabrique de Matsot : le point de départ fut une initiative privée, que le Rabbi encouragea et soutint vivement par la suite.

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Un groupe d'écoliers visite la fabrique de Matsot 

Le Rabbi demande d’amplifier l’activité

C’est à l’approche du premier Pessa’h de l’histoire de Kfar ‘Habad, en 1950, que le ‘Hassid Reb Yossef Perman créa dans une cabane la fabrique de Matsot. Immédiatement, celle-ci reçut de chaleureuses bénédictions du Rabbi qui, bien qu’il se fut jusqu’alors opposé à l’ouverture d’usines ou d’ateliers dans le village, vit un bienfait économique et spirituel dans la présence d’une fabrique de Matsot Chemourot faites à la main.

Reb Yossef Perman et son associé des débuts, Reb Its’hak-Mendel Lis, n’avaient pas de grandes ambitions. À l’origine, la fabrique ne visait qu’à pourvoir en Matsot la modeste population du village de Kfar ‘Habad, mais elle acquit en peu de temps une réputation de sérieux dans la cacherout et le nombre de clients s’amplifia considérablement. À Kfar ‘habad, on raconte comme l’Admour de Belz, Rabbi Aharon Rokéa’h de mémoire bénie, vint lui-même de Tel Aviv à pour fabriquer ses Matsot. Il n’y avait pas à l’époque de routes goudronnées à Kfar ‘Habad et les chemins étaient souvent boueux. Les ‘hassidim de l’Admour de Belz, soucieux de l’honneur de leur Rabbi, le portèrent sur une chaise jusqu’à la fabrique pour qu’il ne risque pas de trébucher dans les ornières. Reb Its’hak-Mendel Lis ajoute à cette histoire que la fabrication des Matsot du Rabbi de Belz est liée avec un « prodige » : la date de la venue de l’Admour avait été fixée longtemps auparavant. Le jour venu, les cieux étaient gris et menaçants et la météo annonçait des pluies torrentielles. Mais dès que l’Admour de Belz franchit la limite municipale de Kfar ‘Habad, les nuages se dispersèrent et le soleil se mit à briller...

Suite à cette fabrication en présence du Rabbi de Belz, une délégation de ‘hassidim de Belz venait chaque année pour fabriquer les « Matsot mitsva » la veille de Pessa’h après-midi. L’Admour de Spinka de mémoire bénie venait aussi à Kfar ‘Habad pour fabriquer ses Matsot.

Le Rabbi vit en cela une grande bénédiction, et dans une lettre qu’il écrivit au Comité de Kfar ‘Habad (datée du 7 Nissan 5717 [1957]), on trouve ces lignes :

Je m’étonne que vous ne mentionniez pas la fabrique de Matsa Chemoura de Kfar ‘Habad dont j’ai eu des nouvelles par un autre biais. J’espère que vous mettez son existence à profit pour améliorer la situation de l’emploi à Kfar ‘Habad même et cela, en gardant un contact étroit avec les acheteurs de Matsa y compris dans d’autres sujets.

Quand le village de Kfar ‘Habad eut dix ans d’existence, la fabrique de Matsot était encore loin de l’avenir que le Rabbi avait prévu pour elle, et dans une lettre concernant le développement du village (datée du 27 Kislev 5722 [1962]), le Rabbi écrit :

Je m’étonne du laisser-aller concernant la fabrication des Matsot Chemourot alors que, pour différentes raisons, il serait possible de développer la production de Matsot Chemourot à Kfar ‘Habad du plus haut niveau de cacherout dans des proportions significatives. En la matière, il n’y a pas à craindre un allègement de la Halakha, car, bien au contraire, on se distinguera par l’autre extrême, par la meilleure façon de l’appliquer.

Bien entendu, mon propos n’est nullement de dénigrer ceux qui se sont consacrés à cette activité au cours des années précédentes et encore moins de leur retirer ce qui leur revient. Il est bien clair qu’ils sont prioritaires. Toutefois il reste que la quantité infime de la production des années passées constitue un laisser-aller terrible, et telles que les choses apparaissent il n’y a eu aucun développement ces dernières années...

Puissiez-vous vous consacrer à cela avec le plus grand dynamisme, au sein des autres activités liées au développement de Kfar ‘Habad, aussi bien sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif, conformément à ce qui a toujours été dit sur Kfar ‘Habad, que c’est de là que « les sources se répandront à l’extérieur » et, selon les termes de la célèbre lettre du Baal Chem Tov, cela rapprochera le moment de la venue du Machia’h. 

Le nouvel « hidour » du Rabbi

Une des suites de cette lettre engageante fut l’implication du ‘hassid R. Itsh’ak Gansbourg, évoqué plus haut. Il fut à l’origine de la collaboration entre le Comité de Kfar ‘Habad et la Jeunesse Loubavitch pour développer et agrandir la fabrique de Matsot et lui permettre d’accueillir des milliers d’enfants juifs de tout Israël venant découvrir le processus de fabrication, apprendre les bases de la fête de Pessa’h et s’imprégner de l’atmosphère particulière de ce village ‘hassidique.

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Un groupe de soldats de l'aviation israélienne visite la fabrique de Matsot 

Plus tard, le Rav Perman, directeur de la fabrique, fit entrer la Yéchiva Tom’hei Temimim de Lod, dirigée par le Rav Ephraïm Wolf, au capital de la fabrique. Ce partenariat ouvrit pour celle-ci une ère de prospérité et de développement, l’amenant à exporter ses Matsot dans le monde entier.

Au sortir d’une « yé’hidout » – une entrevue privée – avec le Rabbi, le Rav Perman confia avec émotion à son gendre, le Rav Moché Méïr Glokhovsky, les expressions extraordinaires que le Rabbi avaiit employées au sujet de la fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad :

« Le Rabbi m’a donné pour instruction d’agrandir la fabrique autant que je le pourrai et d’envoyer des Matsot partout où je le pourrai, dans le monde entier. Il a cité un certain nombre de villes et de pays et a dit que l’objectif était que dans chaque Seder de Pessa’h il y ait des Matsot de Kfar ‘Habad. »

Le soutien et l’affection du Rabbi envers la fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad se sont exprimés de différentes manières. L’une d’entre elles était que chaque année, vers la fin du mois de Tichri, le Rabbi donnait au Rav Perman une bouteille de vodka accompagnée d’une bénédiction pour la réussite dans la production des Matsot. Cela constituait le « signal de départ » du travail de la nouvelle année.

Cette coutume se poursuivit de nombreuses années, jusqu’au jour où le Rabbi l’interrompit suit à un nouvel « hidour » qu’il avait pris sur lui la veille de Roch Hachana, conformément à la tradition. Voici ce qui se passa (Hitkachrout n°6) :

« ... Il arriva qu’une année Reb Yossef attendait la remise de la bouteille de vodka par le Rabbi, mais rien ne se faisait. Très préoccupé, il écrivit un mot au Rabbi, demandant sa bénédiction pour la fabrication des Matsot cette année. Il reçut une réponse écrite du Rabbi contenant une bénédiction pour entamer la nouvelle production... mais, de bouteille, point.

« Le secrétaire du Rabbi lui expliqua oralement que l’absence bouteille de Vodka était due au fait que le Rabbi avait pris sur lui avant Roch Hachana de ne plus relier quoi que ce soit de ‘hamets à la fête de Pessa’h. Il était donc évident que la remise d’une bouteille de boisson ‘hamets – la vodka étant faite à partir de blé – ne pouvait désormais plus servir à “inaugurer” la fabrication des Matsot. »

Oufaratsta !

La fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad fut également associée à des événements qui se sont déroulés suite au « Grand Youd Chevat », le Youd Chevat de l’année 5730 (1970).

Lors du Farbrenguen du 20 Chevat cette année-là, il y a exactement 40 ans, le Rabbi distribua des bouteilles de vodka aux directeurs d’institutions et aux émissaires du monde entier venus au 770 pour Youd Chevat. Lorsque vint le tour de la délégation de Kfar ‘Habad, le Rabbi donna des bouteilles aux directeurs de l’école professionnelle, de la Jeunesse Loubavitch, du réseau d’écoles « Rechet Ohalei Yossef Its’hak Loubavitch » et au Comité de Kfar ‘Habad. Puis il demanda :

 – Et qui encore ? Y a-t-il d’autres institutions ?

Et le président du Comité de Kfar ‘habad d’alors, le Rav Chlomo Maïdantchik répondit :

– Il y a le Rav Yossef Perman.

Et le Rabbi de répondre :

– Où est-il donc ? Il doit envoyer et diffuser de la Matsa Chemoura dans le monde entier !

Lorsque Reb Yossef s’approcha, le Rabbi lui donna une bouteille en lui lançant : « Oufaratsta ! »

Au début des années 80, le Rav Perman sentit que la gestion de la fabrique était au-dessus de ses forces et que malgré les grands efforts qu’il investissait, l’activité n’était pas suffisamment rentable, occasionnant parfois même des pertes. Il écrivit une lettre douloureuse au Rabbi, lui exposant les difficultés de la fabrique et annonçant son intention d’en quitter la direction.

Le Rabbi lui répondit :

« La fabrication des Matsot est une activité rentable de manière parfaitement naturelle et non miraculeuse... »

Quelques années plus tard, ayant atteint un âge avancé, Reb Yossef Perman décida de vendre la fabrique de Matsot. Les frères Yaakov et Zalman Stambler se montrèrent intéressés par cette reprise et, après s’être concertés avec Rav Perman et le Comité de Kfar ‘Habad, ils soumirent cette proposition au Rabbi qui donna son accord et sa bénédiction.

C’est ainsi que s’ouvrit un nouveau chapitre dans l’histoire de la fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad. La fabrique se développa, il y eut la possibilité d’introduire de nouveaux hidourim, les commandes se multiplièrent et il y eut bientôt le besoin de sortir du confinement de l’ancien bâtiment pour intégrer des locaux plus spacieux. La décision fut prise en 1985. Les frères Stambler firent parvenir au Rabbi un rapport détaillé du projet d’agrandissement et reçurent la réponse suivante :

« Ceci est très très opportun. D.ieu vous accordera la réussite et vous donnerez de bonnes nouvelles, en particulier lorsque vous ferez de la publicité à travers les Chlou’him etc. »

Le Rav Cunin et le « miracle »

Et de fait, de manière naturelle, les Chlou’him en Israël et dans le monde entier furent toujours et demeurent les clients de la fabrique de Matsot de Kfar ‘Habad, pour leurs besoins personnels, pour la distribution de Matsa Chemoura instituée par le Rabbi et en tant que médiateurs de leurs communautés respectives.

Concernant l’envoi de Matsot aux Chlou’him, Reb Yaakov Stambler raconte cette histoire extraordinaire :

Une année, le Chalia’h du Rabbi en Californie, le Rav Chlomo Cunin, commanda une grande quantité de Matsot, sans toutefois avoir déjà payé les Matsot qu’il avait reçues l’année précédente. Le Rav Stambler était embêté. D’un côté, il était tellement important, comme l’enseignait le Rabbi, que les Juifs puissent consommer les Matsot de Kfar ‘Habad. D’un autre côté, il s’agissait d’une très forte somme d’argent. En tant que ‘Hassid habitué à obéir au Rabbi, il écrivit à ce dernier son dilemme, en précisant qu’il se pouvait que les Matsot ne seraient pas envoyées.

Le Rabbi lui répondit :

1. Si c’est ainsi, est-il possible que les Juifs de Californie ne mériteront pas de consommer les Matsot de Kfar ‘Habad ?

2. Le Chalia’h se fournira ailleurs et vous perdrez un client.

3. Comment savez-vous que le Chalia’h n’a pas l’intention de payer ?

Évidemment, dès réception de cette réponse, la fabrique s’empressa de faire partir les Matsot à destination de Californie et de nombreux Juifs de cet État purent consommer le « pain de la foi » de Kfar ‘Habad.

À peine quelques jours plus tard, le Beth ‘Habad central de Californie reçut en legs un don considérable qui lui permit de rembourser immédiatement l’intégralité de sa dette envers la fabrique de Matsot !

La Yé’hidout du Rav Achkénazi

Avec l’agrandissement de la structure, il fut décidé de mettre en œuvre de nouveaux hidourim impossible à réaliser auparavant du fait de l’exigüité des locaux. Lorsque le Rabbi fut interrogé à ce sujet, il engagea la direction de la fabrique à se concerter avec le « Rav Hamakhchir », le Rav responsable de la surveillance, en l’occurrence le Rav Mordekhaï Chmouel Achkénazi, Rav de Kfar ‘Habad. Le Rav Achkénazi entreprit la visite de nombreuses fabriques de Matsot en Israël pour s’enquérir des différents hidourim en vigueur et en analyser la pertinence et détermina un cahier des charges précis de la façon dont les Matsot doivent être produites à Kfar ‘Habad.

Ceci s’ajoutant aux instructions qu’il avait reçues du Rabbi en « yé’hidout », tel que ce fut rapporté dans le magazine Kfar ’Habad (n°685) il y a de nombreuses années :

« ... Jusqu’à cette année-là, la pâte des Matsot était roulée sur des plans de travail en plastique. J’avais alors fait installer des plans de travail en acier inoxydable “Nirosta” qui restent parfaitement lisses, de sorte que la pâte n’adhère pas.

Les vieux ‘hassidim qui étaient habitués aux techniques en vigueur en Russie n’étaient pas enthousiasmés par ce changement et me tançaient souvent à ce sujet. Leur argument principal était que le Rabbi Rachab était contre l’emploi du métal, car celui-ci chauffe facilement et ils disaient que le Nirosta, étant métallique, chauffe également.

En yé’hidout j’ai interrogé le Rabbi à ce sujet. Je lui ai raconté que j’ai remplacé le plastique par du Nirosta. Lorsqu’il m’a demandé ce qu’est le Nirosta, je lui ai répondu que c’est ce qu’on appelle en anglais “stainless steel” (acier inoxydable).

Voici ce que le Rabbi me répondit :

– Il faut savoir que toutes les ‘houmrot du Rabbi Rachab concernant les instruments de travail de la pâte n’étaient que dans la fabrique qui fonctionnait uniquement la veille de Pessa’h et non dans celle qui confectionnait les Matsot tout au long de l’année. De manière générale, il est indiqué de se concerter avec le Rav Yaakov Landau.

Je ne suis pas un grand chimiste, continua le Rabbi, mais il est logique de dire que lorsque la Guémara parle d’or, d’argent et de cuivre, il ne s’agit pas des métaux dont nous nous servons aujourd’hui (car aujourd’hui tous les métaux sont des alliages) et donc l’intention n’était pas de dire que ces métaux-là chauffent.

– Mais il y a une lettre du Rabbi Rachab qu’il y a un danger de fermentation, et c’est ce qui me préoccupe, dis-je au Rabbi.

– Où est cette lettre ? répondit-il.

–  Je pourrai l’apporter au Rabbi, dis-je. Je ne me rappelle pas maintenant où elle a été publiée.

– Vous pourrez m’apporter l’original manuscrit ? me demanda-t-il.

Puis le Rabbi demanda :

– Sur quelle surface avez-vous travaillé auparavant ?

– Sur du plastique, répondis-je.

Puis le Rabbi conclut ainsi :

– Il est inutile de m’expliquer que le Nirosta est plus cachère et plus méhoudar que le plastique.

Dans une autre yéhidout, le Rabbi me dit :

– Les gens ne comprennent pas que la propreté et la beauté concernent directement la cacherout.

Souvenirs d’enfance

Le directeur de la fabrique ces dernières années, le Rav Yaakov Stambler (après que, quelque temps après l’agrandissement, son frère Zalman se soit investi dans d’autres projets), parle de son usine avec une émotion qui dépasse de loin ce qu’on peut attendre de la relation entre un homme et son affaire. Dans une interview réalisée ces derniers jours, en prévision de cet article, il nous en explique la raison :

« Celui qui connaît l’histoire de cette fabrique, l’abondance de bénédictions, les encouragements et les directives du Rabbi concernant sa création, son fonctionnement et sa gestion, comprend que c’est la seule fabrique de Matsot dans le monde que l’on peut appeler “la fabrique de Matsot du Rabbi” : elle a été créée et fonctionne depuis par l’effet de sa bénédiction, les hidourim sont mis en place par le Rav Achkénazi conformément aux instructions qu’il a reçu lui-même du Rabbi et la fabrique est un centre de diffusion du Judaïsme envers des milliers d’enfants et d’adultes chaque année.

D’autre part, s’il m’est permis d’exprimer un sentiment personnel, cela constitue pour moi la fermeture d’un cercle : la cuisson des Matsot pour Pessa’h occupe une place importante dans mes souvenirs d’enfants à Tachkent, en Union Soviétique, il y a de cela cinquante ans. Ceci parce que mon père le ‘hassid Reb Méïr Tsvi, de mémoire bénie, et ma mère, Dvorah, puisse-t-elle avoir une longue vie, fabriquaient clandestinement des Matsot. C’était une activité tenue secrète, par peur du KGB, mais ceux qui en avaient besoin savaient qu’on pouvait se procurer chez mon père des Matsot faites à la main.

Enfant, et plus tard adolescent, j’ai assisté mes parents dans la confection des Matsot. J’ai également participé à la campagne du Rabbi pour permettre aux Juifs de célébrer Pessa’h avec de la Matsa Chemoura à d’autres époques de ma vie, quand j’ai vécu à New York, puis ensuite en Israël.

Puisque j’ai mentionné la fabrication des Matsot dans notre maison à Tachkent, je vais aussi évoquer un souvenir douloureux : en plus des Matsot faites à la main que l’on faisait chez mes parents pour les ‘hassidim, mon père et d’autres Juifs de Tachkent se souciaient qu’une partie la plus large possible de la communauté ait des Matsot cachères pour Pessa’h. Pour faire ces Matsot, une grande quantité de pâte était pétrie dans un grand pétrin mécanique, puis coupée en portions correspondant à une Matsa.

Bien sûr, par rapport à ce qu’on appelle aujourd’hui des « Matsot faites à la machine », ces Matsot étaient quand même considérées comme « faites à la main », mais puisque dans le processus était impliqué cet ustensile –ce « récipient » serait plus juste – nous appelions entre nous ces Matsot « machinavé Matsot », c’est-à-dire des Matsot industrielles, et, comme je l’ai dit, les ‘hassidim s’abstenaient de consommer ces Matsot.

Sachant cela, j’ai de la peine en voyant qu’en Israël, ces dernières années, alors que l’on s’efforce que chaque étape de la production soit la plus hidourique possible, on a introduit dans certaines fabriques de Matsot tel ou tel appareil et on continue à appeler cela des « Matsot faites à la main ». Plusieurs Rabbanim se sont d’ailleurs élevés contre cela.

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Un groupe de retraitées visite la fabrique de Matsot 

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